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Transfert d’entreprise : le manque de préparation frappe fort !

Sylvain Houde

Associé

19 janvier 2018


Lors de ma préparation pour un de mes clients, je suis retombé sur une étude commandée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM) datant de 2014 où l’on faisait ressortir que sur les 13 000 entrepreneurs québécois en âge de prendre leur retraite, plus de la moitié n’avaient pas encore établi de plan formel de relève pour leur entreprise.

Force est d’admettre que, quatre ans plus tard, les enjeux de la relève entrepreneuriale sont loin d’être réglés. Le cas récent de la fermeture des Pâtisseries de Gascogne, où un transfert d’entreprise familiale problématique semble à l’origine de la fermeture de 7 pâtisseries et de plus de 200 mises à pied, montre bien l’importance de se préparer à la relève entrepreneuriale, qu’elle soit familiale ou non. Le cas des Pâtisseries de Gascogne n’est pas unique. Plusieurs entrepreneurs rencontrés lors de nos interventions se heurtent à la même problématique. En fait, les prévisions indiquent qu’entre 5 700 et 10 000 entreprises pourraient fermer d’ici les 10 prochaines années en raison d’un transfert mal géré (CCMM, 2014). Ceci est très préoccupant quand on considère que les PME contribuent à plus de 50% du PBI au Québec.

Pourquoi un nombre si élevé ?

En portant une attention particulière aux causes pouvant expliquer ce taux élevé d’échecs, nous n’avons d’autres choix que de pointer du doigt le manque de préparation, en particulier pour le volet humain, comme étant l’élément commun de ces entreprises. En effet, la plupart des efforts déployés dans un contexte de transfert se concentrent en grande majorité sur les éléments financiers de la transaction et très peu de considération est accordée aux employés lors de ce changement. Or, l’aspect humain d’une telle transaction représente l’un des éléments centraux sur lequel il faut miser pour augmenter le taux de succès.

Comment minimiser son risque ?

Tel que j’ai eu l’occasion de l’exprimer dans un article paru dans le Devoir : « Réussir sa reprise d’entreprise : Quand miser sur le capital humain rapporte », les parties impliquées dans le transfert d’une entreprise auraient tout intérêt à mettre en place les cinq conditions de succès suivantes :

1. Tenir compte des valeurs et de la culture d’entreprise afin que le nouveau dirigeant soit en phase avec les comportements véhiculés dans l’organisation;

2. Évaluer la santé de l’entreprise (financière mais surtout humaine) pour s’assurer que les employés ne quittent pas le navire, en particulier dans le contexte actuel de pénurie de la main-d’œuvre;

3. Communiquer clairement et avec empathie afin que les préoccupations des employés soient entendues et adressées;

4. Mettre en place les conditions pour mobiliser les employés dans le but de préserver un climat de travail sain où il fait bon travailler;

5. Faire preuve de patience car ce type de changement apporte une certaine période d’instabilité et tous n’y adhèrerons pas au même rythme.

Bref, le facteur clé de réussite est définitivement la préparation et la planification.  S’y prendre d’avance et s’entourer d’experts permettra de prendre le recul nécessaire pour identifier les différentes options et ainsi prendre des décisions éclairées qui minimisent les risques.

Sources

-Chambre de commerce de Montréal Métropolitain (2014) :  Le transfert des entreprises à la relève : un enjeu majeur pour l’économie du Québec et la pérennité des PME

-Institut de la statistique du Québec, Innovation, Sciences et Développement économique Canada, Statistique Canada

-Le Devoir, 8 décembre 2017 : « Réussir sa reprise d’entreprise : Quand miser sur le capital humain rapporte ».

-Le Journal de Montréal, 11 janvier 2018 : Faillite des Pâtisseries de Gascogne : une chicane de famille qui tourne mal.


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